Elodie Parmentier

Elodie, fraîchement débarquée à Lyon, a décidé de se lancer dans l’aventure entrepreneuriale avec son association WE EXIST! promouvant la jeune création musicale et sa société Priism. dédiée au tourisme culturel.

Salut Elodie, peux-tu nous dire qui tu es et ce que tu fais & comment tu en es arrivé là  ?

Je m’appelle Elodie, j’ai 27 ans. Au niveau de mon parcours universitaire, j’ai étudié la communication, l’art contemporain et la direction de projets culturels.

Portrait Elodie ParmentierJ’ai étudié la communication, commissariat d’exposition, création vidéo et l’événementiel entre Annecy, Cuernavaca au Mexique et Paris. Après mes études, j’ai travaillé un an en agence événementiel, à Paris. A ce moment-là, j’ai travaillé qu’avec des grosses boites – du type Coca-Cola – où j’étais assistante de Chef de Projet Événementiel où j’ai appris tous les rouages de l’événementiel. Ça m’a bien servi car l’année d’après, j’ai travaillé au Palais de Tokyo (mon rêve d’ado) en 1ère année de master de direction de projets culturels à la Sorbonne. J’ai commencé comme assistante de la responsable des privatisations : pour l’organisation d’événements de marques du style des défilés Fashion Week ou des soirées pour Canal-Plus, des lancements ou pour des showcases, etc. Donc, à ce moment-là, je gérais toute la partie relations clients, visites des lieux du Palais de Tokyo, toute la partie administrative et juridique. En gros : un vrai chef d’orchestre de l’événementiel au Palais de Tokyo. Autant te dire que j’ai bien kiffé !

Ensuite, après ce stage j’ai été propulsée en CDD pendant quasiment huit mois au Palais de Tokyo. Je suis restée au final un an au Palais, pour ensuite finir au Yoyo comme Responsable des événements, ce qui était très pratique vu que c’était dans le même bâtiment ! Mon terrain de jeu s’est agrandi et surtout de nombreux clients avec qui je travaillais se sont intéressés à ce nouvel espace.

A titre de précision, le Yoyo c’est une salle événementielle qui peut organiser des concerts, des événements, des séances de cinéma : on avait deux très belles et petites salles de cinéma en lien avec MK2. Pendant 2 ans et demi, je gérais donc toute la partie événementielle : de la stratégie marketing/commerciale, à la relation client du début à la fin, jusqu’à la post production des événements.
Le Yoyo c’est quasiment mille mètres carrés, un très beau volume potentiel. On a donc lancé en 2013, le Yoyo avec mon directeur (au départ on était deux en fixe sur la semaine) et on a mis en place toute la partie communication entre autre, car à l’époque il n’y avait pas de logo, pas de charte graphique, il n’y avait rien. C’était vraiment un petit bébé qu’il fallait faire grandir.

En janvier 2016, je suis partie en Australie pour un voyage sac à dos freestyle d’un an qui s’est écourté de 6 mois par choix ! J’ai été en immersion dans le milieu culturel à Melbourne, surtout dans celui de la musique (un vrai poisson dans l’eau). Tout ce que je vivais et écoutais m’a beaucoup inspiré et une petite graine a commencé à germer dans ma tête !

Je suis rentrée au mois de juin après un paquet de grosses galères !
J’ai pas mal vadrouillé après juin parce que je ne savais pas où j’allais m’installer après mon retour en France. Je me suis dirigée à Lyon vers novembre et là, tout s’est accéléré de manière très rapide : on a lancé avec Jérémie Nicolas une association qui s’appelle WE EXIST!, qui a pour but de promouvoir et diffuser la scène musicale locale et émergente à Lyon. Pour la petite histoire vraiment marrante, je suis arrivée à Lyon parce que ma meilleure amie allait être maman et moi marraine, et la proximité des montagnes annéciennes me manquait beaucoup. Le jour où j’ai posé mon sac à Lyon, mon ancien boss du Yoyo m’appelle pour me dire : « Tu fais quoi ? tu veux faire quoi ? » et à ce moment-là j’ai répondu spontanément : « Bosser dans la musique ! » Il m’a dit : « Ok, j’ai ce qu’il te faut. J’envoie un mail à mon neveu et je vous mets en relation ». Le lendemain dans ma boite mail, je reçois un mail avec un mail d’introduction et de mise en relation beaucoup trop drôle. Il a mis Elodie elle est géniale blabla, de très belles éloges. Puis arrive le tour de Jérémie qui est un mec très créatif, ingé son, il organise des festivals, je l’adore. Et le mail se termine par à vous de jouer ! On s’est donc rencontré, gros coup de cœur, le lendemain on se lançait !

WE EXIST! est composée de deux entités. D’abord, il y a BalconyTV qui est en train de se lancer actuellement à Lyon (on a produit déjà 3 vidéos depuis moins d’un mois). C’est une émission musicale sur un balcon avec une vue de malade sur la ville qui met en lumière des musiciens émergents et locaux. La vidéo dure entre 5 et 10 minutes. Le but est donc de promouvoir les artistes à échelle locale, nationale et internationale. BalconyTV est une chaîne digitale basée à New York. La chaine YouTube BalconyTV est implantée dans quasiment soixante villes dans le monde, depuis dix ans. En France, Chamonix est la seule ville à s’être lancée ; et donc Lyon serait la première grande métropole en France.

Ensuite, on a le projet des Nuits Noires qui est né après une exposition au Palais De Tokyo de Tino Sehgal (un des artistes que j’aime le plus dans le monde du contemporain). Je me suis posée la question après cette expérience, comment proposer à un public une écoute purement sonore sans aucun artifice visuel. Parce que très clairement quand tu vas voir un concert, tu es toujours aliéné par le show visuel ; c’est la raison pour laquelle tu vois tant les portables des gens qui filment pendant les concerts – c’est insupportable –. Notre expérience du concert est clairement centrée sur ce qu’on voit et non pas ce qu’on entend. Donc, après cette exposition, je me suis dit que j’avais envie de plonger le public dans le noir pour leur faire découvrir un champ musical qu’il n’avait pas forcément l’occasion d’écouter et aussi proposer un spectre musical – c’est pas prétentieux – pour donner l’opportunité à chacun de s’intéresser à des genres musicaux très large. En plus, pour en mettre une autre couche on a pris le parti de ne jamais dévoiler les artistes avant le concert pour une expérience encore plus forte ! On communique uniquement des influences musicales sur nos réseaux. Jérémie, mon associé sur l’asso, est musicien, mais également ingénieur du son de Mikrokosm qui est l’un des plus gros studios d’enregistrement de la région Rhône-Alpes. Depuis dix ans, Jérémie travaille avec des artistes émergents et donc il a un très gros réseau dans ce secteur-là, ce qui est très utile quand tu débarques dans une nouvelle ville !

Peux-tu nous en dire un peu plus sur l’expo de Tino Sehgal, afin de comprendre de quelle manière a surgi l’idée de Nuits Noires, s’il te plaît ?

Pour la faire très brève, Tino Sehgal est un danseur plasticien qui est issu du milieu de l’art vivant. Et pour toutes les expos qu’il met en place, il expose aucune œuvre à proprement parler. Les œuvres sont des humains et surtout des performeurs. Le Palais De Tokyo a donc été vidé pour l’occasion.

Concernant l’exposition, au moment d’arriver on se fait intercepter par deux mecs, moment intimidant, et on te pose une question du genre êtes-vous heureux ? Selon notre réponse, on était dirigé soit à droite, soit à gauche pour débuter l’exposition. Du coup, parmi toutes les œuvres proposées, il y avait une pièce où on est en immersion totale dans le noir, où on ne voyait strictement rien, où on tâtait les personnes qui sont à nos côtés pour pouvoir accéder au milieu de la salle. Du coup, on est super gêné et un peu curieux. J’ai l’impression d’ailleurs qu’il y avait deux types de personnes : les gens ultra peureux qui vont rester à l’entrée et ne vont pas du tout rentrer en immersion. Et de l’autre, les gens beaucoup plus curieux, qui vont se balader, déambuler dans le noir sans rien voir. Et donc vivre une expérience beaucoup plus puissante. Ce n’était pas une pièce uniquement dans le noir, il y avait des performeurs un peu dispatchés dans la salle ; qui chantaient, applaudissaient, jouaient avec le son sous différentes formes. Une espèce d’univers sonore un peu étrange, très expérimental : par exemple à droite de toi il y a un chanteur, à gauche de toi, il y a un mec qui va faire des hugs au public. Autant tu vas faire être dans une sensation sonore, mais aussi dans le toucher. Je suis sortie de cette pièce avec les larmes aux yeux … j’ai trouvé ça d’une beauté incroyable, tout simplement parce que l’humain est beau. On est tous dans la même pièce tu ne sais pas à quoi ressemble la personne à ta droite ou à ta gauche. Notre mental est ultra puissant : on a des images qui arrivent, c’est fou. Bref et du coup en sortant de cette pièce, voire même de l’expo en général tu as juste l’impression que l’humain est d’une beauté incroyable et qu’on a tous une partie en nous ultra vulnérable et ultra-sensible.

J’ai trouvé ça tellement fou, qu’en rentrant à Lyon je me suis dit pourquoi ne pas organiser des concerts dans le noir ? On s’est donc intéressé aux tenants et aux aboutissants des concerts dans le noir, et on s’est lancé : on a fait la première le 4 février 2017 : on a invité un artiste qu’on aime beaucoup qui s’appelle Raoul Vignal, un artiste de Folk Country. Cet artiste a signé dans un label bordelais depuis quelques temps, et monte très bien ! On est super fier de l’avoir fait jouer pour notre première. Attention : ce n’est pas nous qui le faisons monter évidemment, mais on a choisi le bon artiste qui était en adéquation parfaite, autant avec nos valeurs qu’avec le coté auditif. D’ailleurs nous avons été félicités, pendant une interview à la radio, par Francis Richert, directeur du Conservatoire National de Lyon et président d’AFX Booking. Donc on a été vraiment super encouragé et ça fait du bien !

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Comment on doit s’y prendre pour organiser un concert dans le noir ?

En fait on a deux possibilités : d’abord, on demande aux artistes s’ils ont la possibilité de jouer dans le noir, ce qui n’est pas facile pour certain. En tout cas, tout ce qui est guitare voix, ce n’est pas trop compliqué. Sinon, dès qu’il y a un piano, des synthés, etc. on a trouvé un système de gommettes phosphorescentes où l’artiste va travailler en amont pour son set, mais les gommettes phosphorescentes sont là pour lui donner quelques repères. Cependant, le but à terme est d’avoir des artistes qui savent jouer dans le noir. C’est une performance dans un certain sens pour les artistes. Mais c’est aussi, un moyen pour les artistes de vivre un concert un peu particulier pour eux. On le fait pour le public, mais on le fait aussi beaucoup pour l’artiste. C’est assez important pour nous de donner la chance à des artistes émergents de pouvoir faire écouter un style de musique pas forcément connu ou peu écouté. Dans le noir, comme on a que nos oreilles pour écouter, cela nous permet d’être beaucoup plus sensible et beaucoup plus ouvert à écouter quelque chose de nouveau que quelque chose d’un peu foireux avec lumière sans véritable show visuel, où l’artiste est parfois mal sapé. C’est bête, mais en fait ça joue beaucoup. Avec Nuits Noires, on fait un véritable focus sur le son.

Comment t’es venue l’idée de BalconyTV Lyon ?
Avant de partir en Australie, je ne savais pas où véritablement atterrir. Quand je travaillais au Yoyo j’étais un peu frustrée pendant 2 ans et demi car je ne pouvais pas programmer des artistes auxquels je croyais, car ce n’était pas mon taf : j’étais responsable commercial et événementiel. Le problème c’est que je gravitais dans un vivier de personnes qui organisaient des festivals, qui étaient très sensibles à la musique et du coup moi j’étais là-dedans : je sortais beaucoup, j’allais voir des concerts. Je voyais plein d’artistes au début de leur carrière, en me disant « Eux, c’est sûr ils vont marcher ». Du type, Polo And Pan, du type Papooz, du type Jacques qu’on a rencontré il y a deux ans, et maintenant ils sont dans des labels, ils font des tournées et festivals. Du coup, après cette frustration ultime, j’ai décidé de partir en Australie, mais avant d’y atterrir, je ne savais pas quoi choisir entre Melbourne et Sydney. Et là, j’ai découvert – par hasard – le concept de la chaîne BalconyTV sur YouTube. Melbourne a une chaîne très folk, très acoustique ; alors que Sydney, c’était très amplifié, très musique électronique. Donc pour commencer, je me suis dit que Melbourne ça me ressemblait plus et j’ai donc atterri à Melbourne, grâce à BalconyTV, parce qu’il y avait un spectre musical qui me plaisait beaucoup plus qu’à Sydney.

Le plus drôle dans cette histoire, c’est que j’ai vécu à Melbourne en coloc avec une chanteuse de Folk, qui s’appelle Loni Rae et son mec, qui est le producteur de BalconyTV Melbourne (d’ailleurs quelques mois avant d’arriver ici, je les avais rencontrés à Paris pour un concert de Marlon Williams. Ils dormaient chez moi alors qu’ils étaient des inconnus (via un ami d’ami, bref l’histoire dingue)). La fameuse petite graine a grossi, grossi, grossi. Même si je n’ai pas eu l’occasion d’aller à des tournages BalconyTV, j’en ai parlé beaucoup avec Loni, qui elle m’a donné une autre vision du tournage, de tout ça. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à me dire : en France il faut qu’on fasse un truc mais sans savoir exactement comment.

Quand je suis rentrée en France, j’ai continué à suivre BalconyTV car tu peux voyager dans le monde entier via cette chaîne YouTube, c’est génial : tu peux te balader au Pérou et écouter du Folklore Péruvien, tu peux aller à Ankara, tu peux aller à Lisbonne, à Londres, au Japon et en fait, tu peux découvrir la scène locale de chaque pays et de chaque ville et c’est vraiment cool. Donc, je suis rentrée en France, et j’ai découvert qu’il n’y avait rien en France à part à Chamonix, où il n’y avait que des artistes internationaux avec les saisonniers, etc. On s’est dit que Lyon, c’est tellement dingue en terme de musique que ce soit en matière de musique électronique, ou en matière de musique acoustique, que du coup on s’est dit : « Autant lancer Balcony. » Et voilà : depuis début mars, nous avons le sponsor Ninkasi qui nous aide à lancer la chaîne, et on en est, aujourd’hui, à la deuxième session. Les diffusions se feront tous les quinze jours sur YouTube BalconyTV Lyon mais aussi sur Facebook, balconytv.com etc. On balance la vidéo au max via notre réseau mais aussi via nos partenaires et sponsors.

Balcony Tv Lyon

Est ce que tout le monde peut devenir partenaire Balcony TV ?
En gros, pour lancer une chaine BalconyTV, il faut avoir un sponsor financier et un partenaire de lieu, qui possède une terrasse pour faire la captation des concerts. Pour notre part, on a trouvé Ninkasi – une chaine de bars brasseurs et restau Lyonnais – qui vont se lancer avec nous sur les cinq premières vidéos, et seront en lien avec le Ninkasi Music Lab qui est un tremplin musical de la région Rhône Alpes et Auvergne. Le but est de mettre en avant les artistes émergeants locaux avec un spectre musical très élargi. Du coup, Ninkasi nous suit et nous lance pour les cinq premières. On a également notre partenaire de lieu : l’Auberge de jeunesse du Vieux Lyon qui a une terrasse incroyable qui donne sur toute la ville.

On a donc ces deux partenaires, qui nous suivent et qui croient en nous.
Quand on a ces deux éléments importants ; et bien on lance le tournage avec les artistes, on mobilise les équipes de tournage, toute la prod et la logistique qui va avec. Ensuite, lorsque la vidéo est terminée, on l’envoie à BalconyTV qui le valide au siège à New York. Une fois validée, BalconyTV va lancer toutes les vidéos sur tous les réseaux BalconyTV Monde, et nous on va rebalancer sur toutes les chaines BalconyTV LYON. Donc, chaque vidéo va être sur Facebook, sur YouTube, sur le site et sur BalconyTV Monde.

Est ce que la création de WE EXIST! provient du besoin de promouvoir la jeune création lyonnaise, et plus spécifiquement la jeune scène musicale ?
Il y a déjà énormément de personnes qui font ça : il y a le labo du conservatoire, il y a le conservatoire, mais également énormément de structures qui aident les artistes émergents. Avec notre WE EXIST!, on voulait montrer ces artistes là d’une autre manière que lors d’un concert de manière « basique ».

Avec Nuits Noires, on a trouvé le concept qui permet de mettre la lumière uniquement sur une écoute. A l’inverse, BalconyTV, c’est certes très visuel, mais ça permet de mettre en scène la ville : on met sur un plateau des artistes émergents et locaux sur un territoire. C’est autant une promo d’artistes que de la ville en quelque sorte ! La notion de territoire est ainsi très importante et du coup on montre les artistes émergents d’une autre manière que lors d’un show basique dans une salle de concert classique. On a plein de choses qui arrivent bientôt pour les Nuits Noires avec de beaux partenariats dont un festival lyonnais en novembre. Et pour Balcony, on se lance doucement, et on espère que cela va susciter de l’intérêt ! Mais je ne me fais pas trop de souci.

Ninkasi Vieux Lyon partenaire Balcony Tv

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Comment vous est venue l’idée de travailler avec le Conservatoire de Lyon, et d’élargir le spectre musical ?
Avec le conservatoire, ce n’est pas encore acté. Pour le moment on a fait une émission de radio, il y a un peu plus d’un mois, durant laquelle on a rencontré Francis Richert qui est le directeur du conservatoire, qui travaille pour les Francofolies, pour le Labo du Conservatoire, mais aussi le président de AFX Booking qui est un gros tourneur lyonnais. En le rencontrant à la radio, on lui a parlé de notre projet et il a semblé très intéressé par notre façon d’aborder la scène locale et émergeante. Pour les Nuits Noires : il nous a proposé de mettre éventuellement à disposition une salle au sein du conservatoire pour faire un de nos évènements. A noter, qu’il y a 20 000 personnes qui suivent le conservatoire au quotidien sur les réseaux sociaux. Cela nous offrirait le moyen d’acquérir une bonne visibilité.

De plus, cela nous permettrait d’ouvrir un autre spectre avec des artistes du Conservatoire, qui seraient plutôt classique. Et ça, ça nous tient à cœur pour le projet Nuits Noires. On n’a pas envie que les concerts soient centrés uniquement sur de l’Electro ou de la Folk, mais justement ouvrir à la chanson française, au classique, à la musique du monde. Bref, proposer un grand panel. Le Conservatoire de Lyon serait donc un lieu plutôt dédié à la musique classique.

Au mois de novembre et décembre, on nous a proposé de participer au Festival Bars Bars qui consiste à organiser en une soirée vingt concerts dans le quartier des Pentes à Lyon. Une vingtaine de lieux sont concernés, tu paies huit euros, et tu peux te balader toute la soirée pour voir tous les concerts de tous les lieux partenaires. Nous aurons peut-être, un lieu partenaire dédié à Nuits Noires dans ce festival.

Vous envisagez d’associer un type de lieu à un type de musique ?
Pour le moment on est en réflexion, car on a effectué, à date un seul type de concert. Le prochain est le jeudi 29 avril chez Sofffa dans le 1er, le troisième sera le samedi 13 mai à la Taverne Gutenberg, et on est en discussion pour les suivants.

Balcony Tv Lon

Est-ce que tu peux nous dire c’est quoi la suite pour toi et pour ton association WE EXIST! ?
Parallèlement, à l’association, j’ai postulé au sein de l’incubateur de startup Jean Moulin de l’Université Lyon III, en décembre dernier. J’ai été prise pour monter ma propre boite : « Priism. ». L’asso est une entité à part de ma boite, mais il y a un lien. Je m’explique, l’idée est de créer une mise en relation entre voyageurs et artistes via une plateforme pour partir à la découverte de la ville de Lyon sous le regard de l’artiste. Le but est de permettre aux artistes de créer un parcours pour les voyageurs : un parcours bien défini en leur donnant la possibilité d’aller dans des lieux que les artistes aiment beaucoup. Par exemple, un café pour la rencontre, un déjeuner, une balade dans un quartier de Lyon ; mais aussi l’atelier de l’artiste, son studio d’enregistrement ou même chez lui, en tout cas un lieu intime qui est lié à sa création. Au delà de la balade, les voyageurs vont pouvoir (selon les parcours proposés) faire une initiation avec l’artiste et contribuer à la prochaine production de l’artiste (car le cachet de l’artiste est intégré dans la formule).

Cette plateforme offrira à des voyageurs locaux, nationaux ou internationaux une toute autre vision du tourisme. Ce projet s’inscrit dans le tourisme collaboratif culturel, qui correspond à une nouvelle économie qui est en train d’exploser en ce moment. Les artistes ne seront pas uniquement des plasticiens ou des musiciens, le but est d’offrir sur la plateforme un panel très large d’artistes : musiciens, illustrateurs, vidéastes, photographes, architectes, plasticien, etc. Et donc plaire à un maximum de voyageurs, selon leurs centres d’intérêts. L’idée serait d’avoir des petits groupes de cinq à huit personnes, afin de permettre une synergie dans le groupe et d’éviter les visites avec des guides conférencier, où on est vingt voire plus, et ce parfois totalement aseptisé. Le but est de créer un moment ultra intime avec l’artiste et les voyageurs ; où chacun aurait une petite pépite à apporter à l’expérience par leurs pratiques personnelles ou leurs influences. Le but est de créer un moment vraiment unique dans les rues de Lyon, lié à la culture et l’ouverture artistique.

J’ai déjà plusieurs artistes vraiment partants comme : Pauline qui est autrice ; Etienne, photographe ; Mika, dj électro ; Navid, chanteur et joueur de pleins d’instru ; Constant, danseur de Hip Hop. Ils ont donc chacun un univers bien particulier et pourraient permettre une lecture bien différente de la ville. Si tu fais une première expérience avec Pauline, et que tu choisis une expérience avec un autre artiste, tu auras une toute autre vision de la ville. C’est donc un spectre immense à travailler !

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Tu as évoqué la notion d’économie collaborative culturelle, penses tu que cette nouvelle façon de consommer va devenir de plus en plus importante pour le tourisme ?
Depuis 2008 – 2009, les réseaux sociaux sont devenus ultra puissant (je n’apprends rien à personne) et sont devenus une source d’information et de communication immense. L’économie collaborative est en lien avec tous les secteurs : l’agriculture, le tourisme, les transports, etc. Les consommateurs ne veulent plus rester de simples consommateurs, mais devenir des « Consom-acteurs ». C’est à dire qu’ils vont consommer, d’une autre manière, en échangeant et en partageant : on peut le voir avec le Bon Coin, avec Uber, avec la Ruche qui dit Oui, ou AirBnb. Les gens ne veulent plus juste acheter un bien, mais ils souhaitent désormais le louer / l’échanger, justement pour créer une communauté autour d’un bien matériel, une expérience etc. Les gens n’ont plus envie de consommer pour consommer. Ils ont vraiment plus envie de partager une expérience. AirBnb en est l’exemple type. Au niveau du tourisme collaboratif, il y a plein de plateformes qui sont en train de se mettre en place : Caribou ou encore Vawaa, qui sont des concurrents. Vawaa a été créé par une designeuse New Yorkaise qui a énormément voyagé dans le monde. Le but de sa société est d’offrir aux voyageurs une immersion totale dans l’atelier de l’artiste et en pratiquant l’activité de l’artiste. Par exemple pour la sérigraphie : pendant trois ou quatre jours tu vas être en immersion avec ce mec, qui va t’apprendre la sérigraphie de la manière dont lui il la perçoit et le fabrique ; et du coup tu es en immersion totale avec l’artiste. Mais la différence de Vawaa et de ce que je propose avec Priism. c’est que pour Vawaa il n’y a pas de tourisme mais uniquement la pratique et une rencontre ultra intime avec l’artiste au sein d’un groupe de 2 à 3 personnes. Priism. propose en plus une dimension touristique intéressante, permettant de créer un nouveau courant artistico – touristique novateur.

Cette économie de tourisme collaboratif est complètement dans l’air du temps et va exploser. Des études indiquent qu’un français sur trois consomme via l’économie collaborative, car c’est moins cher, car c’est générationnel. Les 25-35 ans sont hyper connectés, ce qui est parfois aux antipodes de la génération de nos parents où on consommait pour consommer.

Je me donne cinq mois pour tester le marché ; jusqu’à juillet je vais mettre les expériences dans le réel, commencer à imaginer ma plateforme web, me mettre dans le business plan, postuler à des bourses. On peut donc envisager un lancement de Priism., idéalement en septembre – octobre 2017.

Qu’est-ce que tu espères apporter à demain ?

Une belle question. Je dirais que ma passion est dans mes projets. C’est quelque chose qui m’anime énormément : partager avec autrui. Une vie sans passion c’est assez triste tout compte fait. Je suis vraiment dans le lien social, le partage de nos expériences et de nos connaissances. Si j’aime quelque chose très profondément, je souhaite le partager pour donner envie à l’autre de le découvrir. On peut ensuite en parler à une autre personne, afin de faire une sorte de maillon social lié à la culture et à l’ouverture d’esprit. En somme : apporter et propager la connaissance et devenir une personne juste.


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A propos de la conversation

  • Réalisée le 19 février 2017
  • Publiée le 9 avril 2017
  • Interview, transcription : Malicia Giroud
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