Solveig Lelaurain

Hasards du calendrier, quelques semaines avant la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, Solveig a pris le temps de nous parler de son travail sur les représentations sociales liées aux violences conjugales.

Salut Solveig, est-ce que tu peux nous dire qui tu es, ce que tu fais et comment t’en es arrivée là ?

Te dire qui je suis c’est un peu difficile à poser comme ça. Si je te dis ce que je fais ça va pouvoir t’éclairer sur qui je suis. Je fais une thèse en psychologie sociale au laboratoire de psychologie sociale d’Aix-en-Provence. La psycho sociale est une branche de la psychologie qui se situe à l’interface du psychologique et du social, donc à l’interface de la psychologie et de la sociologie. Cela veut dire qu’en tant que psychologues sociaux l’on va s’intéresser à l’individu, à ses caractéristiques propres ainsi qu’à la façon dont le contexte social, avec ses normes et valeurs, influence cet individu.

J’ai fait une licence de psychologie et j’ai toujours était intéressée par la psychologie sociale. Dès le début, je percevais les approches de la psychologie comme trop réductionnistes trop centrées sur l’individu sans prendre en compte ce qu’il y a autour. Comme si c’était un électron libre. J’ai poursuivi avec un master en psychologie sociale de la santé et après je suis partie en thèse. Aujourd’hui je suis financée par la région PACA pour ma thèse qui concerne les violences au sein du couple.

Violence conjugaleDans quel cadre se situe ta thèse ?
Je vais commencer par un état des lieux concernant les violences conjugales. Par violence conjugale, il faut entendre une domination qui se manifeste par des agressions (psychologique, physique, sexuelle, économique, verbale…), exercées par un partenaire intime (conjoint, ex-conjoint, petit ami, mari). Il faut distinguer la violence d’un conflit, dans le sens où ça va toujours être la même personne qui commet l’agression avec une véritable volonté de dominer.

En France, et même dans le monde, les violences conjugales sont considérées comme une problématique de santé publique. Mais est-ce une problématique de santé ? On pourrait en débattre, en tout cas pour les gouvernements et les politiques c’est considéré comme une problématique de santé publique. Les chiffres sont assez variables d’une enquête à l’autre, car les enquêtes épidémiologiques ne mesurent pas exactement les violences de la même façon. En France, on peut retenir un chiffre clef : 1/10 femme est victime de violence conjugale. C’est une problématique qui est de plus en plus médiatisée même s’il reste beaucoup de choses à faire changer. En tout cas c’est dans ce cadre là que mon projet à été financé par la région PACA.

Il y a énormément de femmes qui sont victimes de violences mais on observe également qu’il y a un frein à dénoncer ces violences. Selon l’INSEE 2/3 des victimes vivent toujours avec leur partenaire. Il y a un peu moins de 30% des victimes qui se rendent au commissariat et sur ses 30%, seulement 16% vont porter plainte. Évidemment, Il y a beaucoup d’autres façons de s’en sortir plutôt que de porter plainte mais ça nous montre bien qu’il y a d’énormes freins à la dénonciation de ces violences ainsi que pour entreprendre des démarches pour obtenir de l’aide.

Ma thèse s’inscrit dans ce cadre-là : elle vise à comprendre quels sont les freins psycho-sociaux à la dénonciation de ces violences ainsi qu’au recours aux dispositifs d’aides, qu’ils soient formels (gendarmerie, services spécialisées, etc.) ou informels (famille, ami-e-s etc.). Les freins psycho-sociaux ce sont les normes, valeurs, entretenues socialement qui jouent un rôle dans la dénonciation de ces violences. C’est ce qui fait qu’au niveau individuel et social ces violences ne sont pas dénoncées. J’ai un cadre d’analyse idéologique puisque je m’intéresse à comment la domination masculine et les normes qu’elle véhicule vont influencer la perception de la violence, sa reconnaissance, son acceptation etc. Cela peut jouer un rôle car si elles sont acceptées socialement, on va moins avoir tendance à les dénoncer. Donc je m’intéresse aux idéologies en lien avec la domination masculine comme le sexisme, l’amour romantique, ou certains mythes véhiculés et qui jouent un rôle dans l’acceptation sociale et la légitimation de ces violences.

Je vais clarifier avant de poursuivre, je considère que la violence conjugale est une violence structurelle et non pas individuelle – individuelle, c’est à dire à une violence qui serait liée aux individus, donc par exemple au « caractère » de la victime, ou au « caractère » de l’auteur -. Cette violence est structurelle car elle est entretenue par un cadre social particulier : la domination masculine, les rôles de genre homme-femme et les rapports de domination entre le groupe des femmes et le groupe des hommes, qui en découlent, ce qui contribue l’acceptation sociale de ces violences. L’approche dans laquelle je me situe est issue des courants féministes et c’est d’ailleurs grâce aux mouvements féministes que les politiques publiques sur les violences se sont construites et que cette problématique a été médiatisée, reconnue. Ce que l’ont a souvent tendance à oublier c’est que ce sont les féministes qui ont lutté pour que « l’intime devienne politique ».

C’est important pour moi de poser cela parce qu’il y énormément de théories sur la violence, énormément de courants et donc beaucoup de désaccords sur la façon dont on va l’envisager, la percevoir, ou l’expliquer. Par exemple, il y a des théories psychologisantes que je dénonce. Elles sont centrées sur les caractéristiques individuelles de la victime et de l’auteur. C’est à dire qu’au lieu de questionner le système (i.e., le patriarcat) dans lequel prennent place ces violences et essayer de le faire bouger on va pointer les dysfonctionnements des individus, alors que cela se passe dans un cadre plus large qui dépasse les individus ! Le problème c’est que ces approches issues de la psychologie sont assez dominantes, or elles conduisent à mon sens à un immobilisme social.

D’un point de vue plus pratique, en quoi consiste ta thèse ?

J’essaye d’analyser les freins à la dénonciation de ces violences et j’attaque la problématique sous plusieurs angles. Je m’intéresse aux représentations sociales qui sont associées à la violence conjugale. Par représentations sociales j’entends un ensemble de croyances, d’attitudes qui sont partagées socialement et qui contribuent à la construction d’une réalité commune à un groupe particulier d’individus. J’essaie de voir comment ces représentations sociales contribuent à l’acceptation des violences. Je m’intéresse à deux publics: (1) le tout venant, cela peut être n’importe qui, même des gens qui n’ont pas vécu la violence et (2) les femmes victimes de violence. J’essaie ensuite de croiser leurs regards sur la problématique. Est-ce que les représentations sociales des victimes par rapport à cette problématique correspondent à celles des personnes n’ayant pas vécu de violences ? Est-ce que les personnes n’ayant pas vécu la violence légitime, d’une certaine façon cette violence? Est-ce que cela influence aussi les victimes ? Etc.

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Par exemple, dans une des études de ma thèse qui analyse ces représentations sociales, j’ai fait passer un questionnaire à un peu plus de 600 personnes. Je demandais aux participants de donner 4 mots ou expressions qui leurs viennent spontanément à l’esprit quand je dis « violences conjugales ». Je demandais également aux participants de me donner les raisons de la violence. Analyser les causes perçues d’un évènements ou d’un phénomène est intéressant parce que c’est là où on voit s’exprimer les jugements, les légitimations, les valeurs, la morale…​

J’ai pu observer que la variable « genre » avait un effet important dans la représentation de ces violences, elles renvoient donc à des enjeux identitaires à travers les groupes sociaux de genre. Les hommes et les femmes ne perçoivent pas ce phénomène de la même façon. Lorsque les hommes parlent de violences conjugales, ils vont évoquer d’une part les dysfonctionnements au sein du couple (dispute, problèmes de couple, manque de confiance, manque de communication) et d’autre part, ils vont aborder des arguments sociétaux (culture, précarité, domination masculine). Ils abordent ça avec un niveau un peu plus méta, c’est aussi une mise à distance de cet objet. D’un autre côté les femmes se centrent sur la victime. Elles évoquent des termes et des causes qui sont très personologiques (faiblesse, acceptation, peur, honte), c’est comme si elles avaient intériorisé les rapports de domination et leur place de dominées sous la forme de dispositions individuelles. Quand on est un homme ou une femme, il y a donc des niveaux d’analyse qui sont différents sur ce phénomène ; c’est intéressant car on retrouve effectivement que la violence est liée à des enjeux de domination entre les genres.

Par ailleurs j’ai pu observer que lorsque les gens me parlent de violences conjugales, il y a une surreprésentation des termes liés à l’individu. On va se centrer sur les caractéristiques personnologiques de la victime : « C’est quelqu’un de faible », « C’est quelqu’un qui manque de caractère » etc. On retrouve la même chose pour l’auteur : « Il a des troubles psychologiques », « c’est un alcoolique », « c’est un drogué ». Encore une fois, ce sont des raisons psychologisantes et pathologisantes qui pour moi sont liées aux discours ambiant et qui sont aussi véhiculés par certaines « expertes » ! Il y a une omission quasi totale du contexte social dans lequel ces violences sont exercées, par contre il y a une mobilisation de facteurs internes, liés à l’individu, ce qui empêche les changements sociaux à tous les niveaux, puisque l’on incrimine les individus plutôt que le système. Derrière cela, il y a aussi une forme de culpabilisation de la victime et de l’auteur. On voit que la violence n’est pas liée à un système de domination entre les genres mais à la caractéristique individuelle de la victime qui serait une femme faible par exemple. Ça contribue à dire « Finalement c’est un peu de ta faute, parce que tu manque de caractère et tu es faible. Et puis en même temps si tu veux partir tu n’a qu’à le faire ». C’est pareil pour l’auteur. Si on part du principe que c’est un fou ou un alcoolique c’est une façon de mettre à distance. Ça devient un phénomène éloigné, exceptionnel et qui serait lié à une déviance personnel : l’alcool ou la drogue.

J’ai fait passé le même questionnaire aux femmes victimes de violence. J’ai demandé à rejoindre des groupes de parole et d’entre-aide auto-gérés par des femmes victime de violence sur Facebook. Dans un second temps je leur demandais comment elles s’imaginaient que les gens n’ayant pas subi cette violence se la représentait afin d’étudier la discrimination perçue.

Globalement j’ai pu observer qu’elles ont les mêmes raisonnements que le tout venant, beaucoup d’entre elles attribuent la violence à des caractéristiques personnelles (faiblesse, manque de caractères) plutôt que de se dire que cette faiblesse est due à la situation de violence dans laquelle elles vivent dans leur couple. Il y a un inversement, elles s’auto-attribuent la violence, elles se perçoivent comme responsables de ce qu’il leur est arrivé : « Si j’ai été victime de violence c’est parce que je suis faible ». Cela pose la question de la capacité d’action pour faire face à cette violence : quelles ressources personnelles peuvent elles mettre en œuvre pour changer cela quand elles se disent que le problème leur est intrinsèque ? Et ça amène à se dire « c’est moi qui doit changer puisque ça va de moi et pas de la situation ».
Solveig Lelaurain Portrait

Justement, quelles sont les possibilités d’action pour faire face à cette problématique structurelle ?
Changer les choses au niveau structurel, c’est s’attaquer au système et pas aux individus, c’est le remettre en cause et questionner ce qu’il véhicule. Il faut arrêter de centrer la violence sur les individus mais la considérer comme quelque chose qui provient du rapport de domination que les hommes entretiennent à l’égard des femmes et qui s’inscrit dans un système plus large de domination masculine.

J’ai l’impression que les gens se représentent la violence comme quelque chose de lointain, qui ne peut pas leur arriver. Souvent les spots publicitaires montrent une violence extrême qui n’est pas forcément représentative de la violence au sein du couple. On montre une violence physique où la femme est défigurée, elle a des bleus partout alors que la réalité est beaucoup plus insidieuse, notamment avec la violence psychologique.

On pourrait imaginer des campagnes de prévention où l’on montre l’effet du contexte ; véhiculer le message que c’est lié au rôle de l’homme de la femme dans le couple, et non pas à un fou complètement pervers. L’homme violent peut tout aussi bien être ton pote, et ton pote n’est ni un pervers, ni un fou, c’est juste un « homme normal ». Donc voilà déconstruire cette image de l’homme violent, le monstre.

On peut parler du couple également, comment la conception du couple légitime ces violences ? La jalousie mine de rien peut être valorisée dans certains cas. On peut entendre des gens dire : « Si t’es pas jaloux c’est que tu n’es pas amoureux ». La jalousie viendrait témoigner de l’amour que tu portes à ta compagne ou à ton mec. Il y a beaucoup d’études qui démontrent que la jalousie est un facteur qui déclenche la violence et qui la légitime, puisque que ce serait une preuve d’amour ! Tout comme l’amour romantique. L’amour romantique ce serait l’idée qu’il n’y a qu’une seule personne pour toi sur terre, que par amour tu peux tout pardonner, que le couple ce sont deux personnes qui se complètent. D’ailleurs dans l’une des études que j’ai mené, on observe que plus les gens adhèrent à l’idée d’amour romantique — il y a des échelles pour mesurer cela —, plus ils vont avoir tendance à légitimer une situation de violence.

Toutes ces idéologies sont entretenues et valorisées socialement parce que l’amour est un sentiment ; c’est beau et on ne peut pas le remettre en question alors que l’on s’en sert pour légitimer la violence ! C’est d’ailleurs une des raisons majeures évoquées par les victimes pour rester avec leur partenaire violent « Je ne pars pas parce que je suis amoureuse ».

Il faut déconstruire toutes ces choses qui nous paraissent naturelles dans le couple comme la jalousie, l’amour ou les stéréotypes et idées reçues du type : « l’homme est biologiquement violent » et « la femme est passive et faible ». On retrouve là d’ailleurs des stéréotypes de genre très ancrés et qui font appel à des explications biologiques. Certains auteurs appellent cela « biologiser le social » ; ce sont des comportements sociaux mais pour les expliquer on va faire appel à la biologie.

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Tu parles de biologisation de comportements qui sont en fait socialement construits pour autant on ne peut nier que des différences biologiques existent. Où se situe la limite entre ce qui relève du biologique et ce qui relève du social ?

C’est difficile de dire où on trace la limite… Je pense que beaucoup de nos comportements sont clairement sociaux et on fait appel à la biologie pour dire « C’est naturel, on n’y peut rien ». Il ne s’agit pas de nier les différences mais au final on fait appel à la biologie pour légitimer tout un tas d’inégalité. Cette différence sexuelle, on s’en est servi à travers toute l’histoire pour légitimer la domination des femmes par les hommes.

Dans ce cadre là ne peut-on pas craindre un biais du chercheur en psychologie sociale qui donnerait une part trop importante aux normes sociales ?

Je n’en sais rien… Le modèle dominant est celui où les différences seraient intrinsèques et liées à la biologie ; quoi qu’il arrive nous avons besoin de déconstruire cela. Et puis je n’aime pas trop parler de biais parce que c’est quelque chose de transversale à toutes les disciplines. La science n’est pas objective ! Il y a toujours une part du chercheur dans les travaux qu’il mène. C’est toujours la critique qu’on fait aux recherches féministes cette question de l’objectivité. En fait ça me fait doucement rire comme si le fait de ne pas être impliqué garantissait l’objectivité. Et puis le chercheur sans financement n’est rien donc il répond à des appels à projets et les financements pour tel ou tel problématique sont toujours liés à une époque donnée, à un temps T. Pourquoi en 2016, on va financer tel type de recherche et pas une autre ? C’est parce qu’on définit des axes prioritaires, mais cela n’est jamais neutre ni objectif.

C’est quoi la suite de ta thèse ?

J’ai encore quelques études à mener dans le cadre de ma thèse. Je vais commencer une étude expérimentale, avec un autre doctorant de mon labo, dans un laboratoire avec un protocole très standardisé. On va s’intéresser à la façon dont les discours se modifient en fonction du genre. On va présenter un article de journal de type « fait divers » qui relate une situation de violence conjugale, à des groupes non mixtes de participants et participantes. Préalablement à cela on va faire passer des tests pour mesurer l’adhésion au sexisme. Une première personne lira le texte et devra le raconter à la seconde, et la seconde devra le raconter à la troisième et ainsi de suite. On va étudier la transformation du message : quels ajouts au texte initial ? Quelles omissions ? Comment la gravité du message va être modifiée en fonction du genre des participants et de leur adhésion au sexisme.

Après j’aimerais beaucoup faire de la vulgarisation scientifique parce que souvent ces connaissances fabriquées à l’université restent dans cet entre-soi universitaire sans être réinjectées sur le terrain. Pour les problématiques qui sont assez appliquées c’est dommage, j’ai envie de travailler sur comment réinjecter ça dans les associations, comment former les professionnels etc.

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Qu’est-ce-tu espères apporter à demain ?
Je vois du militantisme dans la recherche, je ne la détache pas de tout cela. Ca aurait été impossible de faire une thèse pour faire purement de la recherche et avoir un titre de Docteur. Ma thèse est clairement politique, elle est liée à mes engagements et à mon militantisme féministe donc si je fais tout ça c’est aussi pour déconstruire toutes les normes et idéologies associées à la violence conjugale et faire évoluer les représentations sociales que l’on peut en avoir — qui sont comme je l’ai déjà dit liées à des rapports de domination —.

Après comme je l’ai évoqué j’aimerais pouvoir faire des formations avec des professionnels qui traitent de ces problématiques là parce que l’on voit qu’il y une montée du masculinisme comme quoi les hommes seraient tout autant concernés par cette problématique là ; on occulte totalement la problématique de genre !

A terme, j’aimerais que mes travaux servent à améliorer la prise en charge des violences conjugales que ce soit du côté des victimes et des auteurs également. C’est quelque chose qui est assez occulté dans tout ça, l’auteur c’est le monstre mais en fait si c’est lié à des problématiques de domination comment prendre en charge l’auteur ?

Si on part du principe qu’une femme sur dix est victime de violence conjugale cela veut dire qu’il y en autour de nous ; la violence conjugale c’est quelque chose de très banal. C’est une problématique qui concerne tout le monde. Je pense qu’on peut chacun à son échelle contribuer à l’amélioration en étant acteur, que ce soit en portant secours à une personne dans la rue ou son voisinage, mais aussi en arrêtant de dévaloriser les victimes de violence, c’est à dire minimiser la gravité de l’acte, se demander ce qu’elles ont fait elles pour en arriver là etc. Et enfin, en luttant contre le sexisme, dans sa vie de tous les jours parce que ça part de là…


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A propos de la conversation

  • Réalisée le 04 novembre 2016
  • Publiée le 03 décembre 2016
  • Interview, transcription : Rémi Henessy Wayne
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